Les marionettes de la compagnie Sogolon

J’ai connu le marionnettiste Yaya Coulibaly et sa compagnie Sogolon (« la femme-buffle ») en 1994 à la première Biennale de la photographie de Bamako. Son théâtre de marionnettes s’inspire des traditions bambara, somono et bozo, de contes, de fables et des catastrophes contemporaines telles les guerres et les extrémismes. Quand je suis retournée au Mali cette année, j’ai eu la chance qu’il joue un spectacle juste pour moi, près de sa maison à Bamako, dans l’endroit qu’il est en train de transformer en musée. Son nom « Coulibaly » indique qu’il est un descendant du roi du royaume animiste bambara (familles Coulibaly puis Diarra) de Ségou. Il est né en 1959, son père lui a transmis la maîtrise du théâtre de marionnettes, une tradition familiale qui remonte au XIe siècle. Les marionnettes permettent de faire vivre la culture traditionnelle et d’exprimer les sentiments les plus profonds. Après avoir étudié à l’Institut national des arts de Bamako, il est allé à l’Ecole supérieure nationale des arts de la marionnette de Charleville-Mézières, et a côtoyé les ethnologues Germaine Dieterlen et Youssouf Tata Cissé ainsi que le cinéaste Jean Rouch. Sa compagnie a tourné dans le monde entier, il se voit comme un « métis culturel ». Devant moi, dans son futur musée, il était accompagné de deux joueurs de djembé, et dès qu’ils ont commencé, tout le quartier est venu assister au spectacle. J’étais très étonnée qu’il n’ait pas été invité à la Biennale de photo cette année. J’ai photographié son jeu, le futur musée, et aussi sa maison où il conserve tous les masques, sa collection compte 25 000 pièces de marionnettes. J’ai eu la chance aussi de pouvoir photographier sa cuisine, sa famille, les cuisinières, de pouvoir rentrer partout, ce qui est assez rare au Mali.